Denshattack!
D’antan, les finger skates faisaient fureur. Facile à ranger dans une trousse et toujours prêt à être sorti pour passer le temps ou pour essayer d’impressionner des potes, personnalisables, ils étaient le reflet d’une époque durant laquelle le skate était roi. Et c’est cette nostalgie que Denshattack! pourrait finalement réveiller. Sauf qu’ici, les planches laissent leur place à des trains, et nos doigts restent sur la manette.
À l’image de son héroïne, Emi Araki, le jeu ne perd pas de temps et déborde d’enthousiasme. Quelques lignes de dialogue, et nous voilà donc avec notre locomotive sur des rails. Il faut « drifter » dans les virages pour ne pas en sortir et même gagner de la vitesse, faire des ollie (saut), utiliser le joystick droit pour effectuer moult figures acrobatiques. Au gré des changements de voies, des sauts entre deux rails et des passages aériens, il existe également des objets à ramasser, qui permettent d’acheter de nouveaux autocollants ou machines : Tony Hawk n’a qu’à bien se tenir. D’autant qu’au fil des niveaux, de nouvelles figures viennent enrichir le gameplay : « grinder », réaliser des « wall ride », se suspendre à des monorails ou encore s’envoler dans un half pipe. À la façon des meilleurs jeux d’arcade, Denshattack! est très rapidement fun et prenant !
Chaque région accueille des niveaux de cinq catégories différentes. Des niveaux de boss, des courses, des parcs dédiés aux figures, des niveaux d’exploration et des niveaux sans particularités notables. Bien que les niveaux de boss soient souvent impressionnants, puisqu’il faudra batailler de façon épique contre un mécha, un kaiju ou encore un château ambulant, on ne ressent pas de différence profonde entre les différents types de circuits : on démarre, on place le max de figures en conservant au mieux notre combo, et on se laisse plus ou moins guider par les rails et les obstacles. Le jeu offre quelques surprises, tel qu’une partie de Guitar Hero sur un niveau ou la chevauchée d’un missile, mais s’embourbe un peu tout seul dans un enchaînement de niveaux qui finissent malheureusement par tous se ressembler.
Ce qui est certain, c’est que le train n’a pas de temps à perdre, sans vouloir faire de mauvaises blagues. Chaque niveau demande d’être terminé sous un temps donné, d’atteindre un certain score de figures et de remplir plusieurs défis pour décrocher l’or. Heureusement, il n’est pas nécessaire de tout accomplir lors d’une seule tentative. Des objets à ramasser sont également disséminés à travers les niveaux. Là encore, mes griefs à l’égard du jeu persistent : la plupart du temps, on remplit ces objectifs sans même s’en rendre compte. Le seul qui soit un tant soit peu difficile, revenant régulièrement, est de terminer le circuit sans accidents. Je n’ai que rarement réussi à le décrocher du premier coup, le jeu se déroulant à un rythme tellement frénétique qu’on a vite fait de sortir des rails pendant la découverte !
Car le jeu est effectivement survolté. Il y a des couleurs franches et assumées de partout, une grande dose de bonne humeur, et des niveaux qui défilent comme un TGV devant des vaches paisibles ! Bien qu’il manque un tout petit peu de cette folie propre au Pays du Soleil Levant et qu’il ait été développé à Barcelone, tout nous fait voyager au Japon, y compris les voix qui ont toutes été enregistrées et en anglais comme en japonais. Une fois la loco lancée, on n’a toutefois clairement pas le temps d’admirer le paysage : c’est soirée son et lumière. Les différentes locomotives (plus de trente) sont plaisantes à modifier esthétiquement, mais leur intérêt est à l’image des options de personnalisation : assez limité. Certaines sont un peu plus adaptées aux drifts, d’autres aux figures, d’autres permettent de gagner plus de points, mais punissent plus les erreurs. L’idée est là, mais les niveaux sont trop nombreux et manquent trop de challenge pour qu’on sente le besoin de chercher une meilleure machine, ou même de développer notre style perso. D’autant que leurs caractéristiques défilent lentement à l’écran.
Le point sur lequel je suis le plus intransigeant est l’histoire. Elle est vraiment trop présente ! Chaque niveau est affublé de dialogues, avant et après. On passe presque autant de temps dans les dialogues que dans les phases de jeu, et ce n’est pas pour une histoire intéressante. Emi ne fait que foncer tête baissée sans jamais réfléchir ni prendre en compte les avertissements. Les personnages censés être ambigus finissent invariablement par révéler qu’ils sont profondément gentils. La révolte des petites gens contre les puissants est une thématique éculée, appuyée de surcroît par des personnages sans relief qui se multiplient autant qu’ils ne peinent à nous accrocher. Ajouter une histoire ne me dérange pas du tout, mais il me semble que Denshattack! est avant tout censé être un jeu d’arcade, très axé gameplay, et que cet aspect aurait de l’être mieux privilégié.
Le parallèle avec Neon White s’impose. Les deux jeux possèdent le même type d’atouts, tels que la DA et le gameplay original et prenant, et les mêmes défauts tels que l’histoire trop présente. À ceci près que ce dernier a su construire des personnages plus colorés (bien qu’un peu gênants de prime abord) et une intrigue autrement plus intéressante. Le gameplay est aussi trop dilué à mon goût, mais c’est comparativement moins gênant. Car dans un cas je peux comprendre que le concepteur du jeu ait eu envie de transmettre son histoire bien qu’elle soit un peu trop envahissante, de l’autre j’ai l’impression d’être face à une checklist, dans laquelle chaque ligne est cochée de façon générique et clichée.
Denshattack! est aussi chouette que frustrant. L’idée de base est bonne et originale, le gameplay est plaisant et parfaitement réalisé (je n’ai rencontré que de très rares bugs et glitches) et le style accrocheur et coloré. Il devrait ravir les personnes qui aiment les jeux d’arcade qui donnent dans l’action sans passer par quatre chemins : on manque tellement de bons jeux d’arcade ! Sauf qu’il emprunte de détours superflus au détriment du jeu pur. J’aurais préféré trente niveaux plus denses et plus marqués, qui nous incitent à les rejouer, aux soixante-sept généralement oubliables qui nous sont proposés.
- + Une ambiance géniale
- + Un gameplay fun et accrocheur
- - Histoire trop présente et banale
- - Manque de challenge
- - Des petits plus qui n'apportent rien, de plus