Les (très jeunes) femmes et la sexualisation
Certains sujets sont particulièrement exténuants, tant par leur récurrence que par les propos détestables qu’ils incitent. J’aimerais que ce soit la question des remasters, de la peinture jaune ou des « joueurs de maintenant qui ne jouent qu’à Fortnite ». Mais c’est celle de la place des femmes dans le jeu vidéo, quel que soit leur rôle.
Le sujet est très vaste et offre plusieurs angles d’attaque, mais ce qui a à nouveau remué la communauté gaming récemment est l’annonce de la suite de Stellar Blade, et plus précisément le dévoilement de son héroïne. Comme celle qui la précède, Evie est vêtue de façon très moulante. Jusque-là, je n’ai pas grand-chose à dire : on peut regretter la tendance de l’industrie du jeu vidéo à cantonner les femmes à des représentations uniformes et sexy et le dire, mais on ne peut pas automatiquement condamner un jeu en particulier.
Non, c’est que dans certaines des captures d’écran d’Evie, elle semble être une jeune adolescente. Ce n’est bien heureusement pas le cas dans toutes les images du personnage, mais certaines d’entre elles laissent perplexes : les traits et les proportions du visages peuvent évoquer une personne mineure.
La réaction immédiate, a été d’avancer deux arguments : les femmes asiatiques font bien plus jeunes que leur âge (sous entendant au passage que les critiques seraient racistes) ; il est important que toutes les femmes soient représentées, y compris celles d’apparence plus jeune que leur âge.
Pour le premier point, c’est un argument fallacieux. L’idée selon laquelle les femmes asiatiques paraissent bien plus jeunes que leur âge repose plus sur des stéréotypes que sur une réalité. Premièrement parce que l’évolution du corps humain est à peu près la même pour tout le monde. Deuxièmement, il est plus difficile de discerner l’âge de personnes d’un groupe ethnique différent si on ne les côtoie pas assez. Les asiatiques ne se ressemblent pas plus tous, qu’ils n’ont un don de jeunesse. Troisièmement, les femmes asiatiques ont peut-être une peau mieux protégée, car elles tendent à faire plus attention à l’exposition au soleil, mais c’est une question de proportion, pas d’élasticité de la peau et de pores nickels. Enfin, certaines adoptent volontiers des comportements « mignons », et à porter des lentilles pour arrondir les yeux, gonfler un peu les joues pour qu’elles soient moins creusé, forcer une voix plus aigüe (que l’on appelle burikko en japonais, wawayin en mandarin). Toutes ces choses peuvent laisser penser que les jeunes femmes asiatiques paraissent, globalement, facilement adolescentes, mais c’est incorrect. Ce ne serait de toutes façons pas un argument pour interdire les critiques.
Il se trouve d’ailleurs que le créateur du jeu a pris la parole quelques jours après l’annonce, affirmant que la nouvelle héroïne a été conçue comme « plus petite et plus jeune ». Cela ne signifie pas qu’elle soit une ado de 14 ans. Mais sa prédécesseure faisant déjà jeune, adulte mais jeune, que signifie alors « plus jeune » ?
Concernant la représentation des femmes pouvant, de par leur stature ou les traits de leurs visages, paraître bien plus jeune qu’elles ne le sont, les choses ne sont pas bien plus compliquées. Tout d’abord, il est évident qu’elles puissent être des personnes désirables, sans que cela ne sous-entende une attirance pour les enfants : ce sont des adultes. Et puis cette question ne se pose pas vraiment, car les personnes attirées par les mineurs le sont du fait de traits typiques de personne n’ayant pas atteint une maturité physique.
On ne peut pas détacher le personnage d’Evie de son époque : elle n’existe pas dans un vidé interstellaire. Quelques mois auparavant, le jeu Pragmata a été au centre de nombreuses discussions, notamment du fait des propos, au mieux dérangeants au pire carrément sexuels, d’un certain nombre de personnes au sujet d’un de ses personnages : un androïde, avatar d’une enfant de sept ans. De façon plus dramatique et sans lien avec le jeu vidéo, il existe un tas de faits divers qui nous rappelle que la sexualisation des enfants et des jeunes est loin d’être un sujet anodin, à la marge.
L’industrie du jeu vidéo, au même titre que les autres, se doit d’être parfaitement claire sur la représentation des personnages paraissant mineurs. A partir du moment où un personnage est conçu de façon à être attractif tout en ayant des attributs qui laissent penser qu’il pourrait s’agir d’une personne mineure, quel que soit les intentions de base de ses créateurs, il est légitime de s’interroger. Je suis plutôt confiant sur le fait que ce n’est que deux captures, et que le rendu n’était pas volontaire, mais il demeure essentiel que nous restions sur nos gardes, même si c’est simplement l’occasion de rappeler que la sexualisation des enfants n’est pas ok. Du tout !