Luna Abyss
Je ne suis pas claustrophobe. Par contre, j’ai toujours été terrifié par les histoires de personnes restées coincées sous terre. Ce qui est bien, c’est que Luna Abyss n’est qu’un jeu, et qu’il est très bien fait. Donc aucun risque : fonçons dans les abysses !
Le monde tel qu’on le connaît n’est plus. La Terre est devenue inhabitable et les humains ont dû la quitter pour se réfugier sur une lune rouge. Pour des raisons qui restent inconnues, Fawkes a été condamné à 9 100 jours de prison. Mais une opératrice du gouvernement, qui apparaît sous la forme d’une tête géante au bout d’un tuyau dans la cellule de Fawkes, lui propose un marché : si elle accepte d’aller dans les tréfonds de la lune pour remplir des missions, elle sera récompensée par des réductions de peine. Pour ce faire, elle n’aura jamais à quitter sa cellule : son esprit sera transféré dans un gardien, une coquille vide qui lui permettra ainsi de mener ces expéditions sans prendre de risques.
Et en bas, ce n’est effectivement pas très accueillant, bien que les jeux de lumières y soient parfois hypnotiques. C’est un monde aussi lugubre que dévasté par le Fléau qui y fait rage. Que ce soient d’autres gardiens, des machines étranges ou les ennemis, la palette d’habitants que l’on va rencontrer sera variée, et démembrée. Le jeu verse allègrement dans l’horreur corporelle, bien qu’étant plus grotesque qu’effrayant. Chair et machines ont parfois été fusionnées, et des tuyaux traînent partout comme s’ils alimentaient l’immense organisme de métal et de béton qu’est cette fameuse lune. Je ne sais pas bien ce qui se passe dans la tête des personnes qui ont travaillé à la création des personnages et de l’univers, mais cela se traduit de façon surprenante et captivante dans le jeu !
D’autant qu’il est bluffant de fluidité dans le gameplay. Certes, les tuyaux et les boyaux de béton que l’on emprunte souvent constituent littéralement des couloirs, mais cela n’entame pas le plaisir. Les déplacements semblent tellement plus naturels que contraints qu’on finit par faire confiance à son instinct et par se jeter dans le vide : il y aura sans aucun doute un grappin qui nous attend au coin du mur, il suffit d’être réactif. La gamme de mouvements est basique : des doubles sauts, des dashs et des grappins. Mais quelques déplacements plus particuliers sont parfois possibles, tels que des voyages en monorail. Enfin, à bord d’une espèce de machine humaine, des jumeaux…
Les combats marquent toutefois moins de bons points que le style graphique du jeu : organisés en phases, on est loin du rythme frénétique d’un Doom. La plupart du temps, on explore, et parfois on tombe sur un groupe d’ennemis, survenant par vagues, que ce soit dans une arène ou pendant une section de plateforme. Luna Abyss est ainsi décrit comme étant un bullet hell 3D : la plupart des ennemis tirent des volées de projectiles en forme de gros ballons, qu’il faudra esquiver tout en plaçant nos propres attaques. L’emphase est vraiment mise sur la mobilité plus que sur la visée, une visée automatique étant d’ailleurs utilisable par défaut. A noter que les ennemies sont très statiques. Il est donc aisé d’exploiter leur immobilité en se cachant tranquillement derrière les éléments du décor.
Certains ennemis vont parfois tirer des mortiers, des rayons laser bien plus rapides ou encore être des kamikazes, mais ils restent généralement plus un obstacle qui nous ralentit qu’un réel challenge. Les boss se montrent plus complexes à appréhender. Le pic de difficulté qu’ils représentent peut même dérouter, surtout pour le boss final, car ce jeu si fluide rencontre alors soudain un mur. Mais avec un peu de patience, leurs patterns plutôt simples aidant, on finit toujours par les vaincre au bout de cinq ou six essais. J’ai fait le jeu au niveau de difficulté trois sur quatre, donc le jeu devrait rester accessible au plus grand nombre, tout en offrant un peu plus de challenge aux autres. D’autant qu’il inclut une poignée d’options d’accessibilité, que ce soit pour les combats ou les phases de plateforme.
Enfin, le jeu ne propose que quatre armes, obtenues au fil de l’aventure. Elles suivent les archétypes de base : fusil d’assaut, fusil à pompe, fusil de sniper et lance-missiles. En plus de causer des dégâts, elles serviront également à lever le bouclier des ennemis auxquels certaines sont associées, ainsi qu’à débloquer des portes durant l’exploration. Le choix restreint en armes ne me choque pas outre mesure, mais il est vrai que le bestiaire est limité. Il y a moins d’une dizaine de mobs différents, ce qui rend les combats répétitifs et prévisibles à force.
Un dernier petit bémol serait que l’histoire est parfois cryptique et difficile à suivre. J’ai en tout cas parfois eu l’impression d’avoir raté un truc. Mais c’est peut-être aussi l’effet recherché : nous perdre un petit peu, nous maintenir dans un doute tenace sur ce que sont les différents protagonistes, ainsi que leurs intentions réelles. Il est tout de même possible de consulter les informations compilées dans le menu pour éclaircir les quelques zones d’ombre.
Luna Abyss vaut le détour. Il y a quelques petits points qui auraient mérité une pointe d’attention supplémentaire, mais il est très plaisant à faire, surtout grâce à son univers hors du commun. Si vous espériez vous défouler, vous serez déçu, mais si vous recherchez un jeu agréable, original dans son gameplay et sa direction artistique, avec une histoire sympa, vous pourriez trouver là une bonne dizaine d’heures de bonheur.
- + L'esthétique et le chara design
- + Fluidité du gameplay
- + Une histoire et des personnages surprenants
- - Narration parfois cryptique
- - Combats manquant de profondeur